Quand l’ENERCA sacrifie les enfants de la République Centrafricaine

Enerca

Il ne s’agit pas ici d’un simple incident électrique. Ce n’est pas une panne technique parmi tant d’autres, ni un accident isolé comme certains responsables aimeraient le faire croire. Ce qui s’est produit au Lycée Barthélémy Boganda ce mercredi 25 juin 2025, un mercredi noir relève d’un désastre évitable.

Un drame provoqué non par la fatalité, mais par un enchaînement de négligences, d’irresponsabilités et d’impunité qui gangrènent les institutions techniques et administratives de la République au su et vu des autorités du pays.

L’explosion survenue dans l’enceinte de ce centre d’examen emblématique, causée par un court-circuit électrique consécutif à des travaux mal sécurisés sur un transformateur, a semé la mort et la terreur parmi des élèves venus simplement passer leur baccalauréat. Résultat : douze morts, des dizaines de blessés, et des centaines de jeunes traumatisés pour la vie. Ce n’est pas un fait divers : c’est un scandale national.

Le drame s’est joué en quelques secondes. Mais il s’est préparé en réalité depuis des années. Depuis que la société Énergie Centrafricaine (ENERCA) multiplie les défaillances et les non-dits autour de la vétusté chronique de ses installations. Depuis que des câbles tombent sans alerte, que des transformateurs explosent dans des quartiers entiers sans que personne ne soit tenu pour responsable. Depuis que chaque pluie est une menace de coupure ou d’électrocution.

Le nom d’ENERCA est, pour les citoyens de Bangui et d’ailleurs, synonyme d’imprévisibilité et de danger. Et pourtant, rien ne change. La tragédie du Petit Hergy, ce jeune garçon foudroyé par un câble électrique non isolé dans un quartier populaire, n’a donc servi à rien ? À quoi sert de pleurer des morts si ceux qui les ont provoqués par incompétence ou négligence continuent à œuvrer en toute impunité ?

Le plus révoltant dans cette tragédie, c’est qu’elle frappe un lieu d’éducation, un espace censé incarner la promesse républicaine. Les 5 311 candidats réunis au Lycée Barthélémy Boganda 1 et 2 étaient là pour défendre leur avenir, passer un cap décisif de leur vie. Ils ont été accueillis par la mort et le chaos, dans des conditions de sécurité inacceptables. Qui a autorisé une intervention technique si risquée à proximité immédiate d’un centre d’examen ? Qui a validé l’opération ? Qui a omis d’en informer les responsables scolaires ? Pourquoi, une fois de plus, le ministère de tutelle n’a pas anticipé les risques évidents liés aux infrastructures ?

Le ministre de l’Éducation nationale, Simplice Aurélien Zingas, a publié un communiqué exprimant ses condoléances et promettant une enquête. Mais depuis combien de temps promet-on des enquêtes en Centrafrique, sans qu’aucun rapport ne soit rendu public, sans que les coupables ne soient nommés, sans que la justice ne suive ? Ce n’est plus le temps de la compassion administrative : c’est celui de la redevabilité politique.

Une gouvernance coupée du courant populaire

À chaque tragédie électrique, le même cycle recommence : indignation, promesse, oubli. C’est le schéma classique d’une République en panne de responsabilité, où les institutions techniques deviennent des zones de non-droit, gérées par des élites déconnectées des réalités quotidiennes.

ENERCA, entreprise d’État censée garantir un service public vital, fonctionne comme une forteresse opaque, où règnent clientélisme, sous-investissement, absence de maintenance, et gaspillage chronique. Les transformateurs fuient, les câbles pendent, les compteurs explosent, et l’usager, lui, paie le prix fort. Hier, c’était une coupure d’électricité, aujourd’hui ce sont des enfants morts en pleine épreuve de baccalauréat. Jusqu’où ira l’indifférence ?

Les responsabilités ne sont pas seulement techniques. Elles sont aussi politiques. Tant que des postes stratégiques continueront à être confiés selon des logiques de fidélité partisane plutôt que de compétence, l’État faillira là où il devrait protéger. Ce qui est en jeu ici, c’est le droit à la vie, le droit à l’éducation, le droit à la sécurité dans l’espace public.

C’est peut-être cela, le plus insupportable : voir cette jeunesse centrafricaine, déjà fragilisée par des années d’instabilité, de précarité et de promesses non tenues, être encore une fois trahie par les institutions censées la servir. Ces élèves, qui malgré tout persévèrent dans leur parcours éducatif, doivent composer avec des classes surchargées, des manuels absents, des grèves récurrentes… et maintenant, la peur d’être électrocutés pendant un examen ?

L’État doit avoir honte. Et au-delà de l’État, c’est toute une chaîne de responsabilités qu’il faut interroger. Du directeur de l’ENERCA au ministre de l’Energie, en passant par les ingénieurs de terrain, chacun devra répondre. Il ne s’agit pas de désigner un bouc émissaire : il s’agit de briser l’impunité, ce cancer de la fonction publique centrafricaine.

Il est temps de dire stop. Assez de tragédies annoncées. Assez d’excuses institutionnelles. La République ne peut plus continuer à enterrer ses enfants sous les décombres de son incompétence. Cette affaire du Lycée Barthélémy Boganda doit marquer un tournant national.

Mais au-delà de ces mesures immédiates, c’est à une refondation morale de l’action publique que nous appelons. Le service public ne peut continuer à être perçu comme un risque mortel. Il doit redevenir ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un rempart pour les citoyens, non une menace.

La Centrafrique ne manque pas d’énergie, elle manque de rigueur, de volonté et d’humanité. Que cette tragédie au cœur du savoir, au cœur de l’école, serve d’électrochoc national. Car une République qui foudroie ses enfants, faute de prévenir l’évidence, est une République en péril. Et ce péril ne se conjure pas par des mots, mais par des actes clairs, fermes, courageux.

Bélisaire Dorval Sahoul

1 réflexion sur “Quand l’ENERCA sacrifie les enfants de la République Centrafricaine”

  1. Triste réalité, si c’est pour arnaqué le peuple vous êtes premier
    Impôt douane, même transaction orange Money état doit avoir quelques pourcentage

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