
Le retour en République centrafricaine d’Anicet-Georges Dologuélé, ancien Premier ministre et figure politique de premier plan, suscite une vive interrogation juridique depuis quelque temps sur les réseaux sociaux et dans les coulisses du pouvoir : avec quel document de voyage est-il rentré sur le territoire national, après avoir annoncé sa renonciation à la nationalité française ?
Une question de droit et de cohérence
Selon le Code de la nationalité centrafricaine de 1961, tout citoyen centrafricain majeur perd automatiquement sa nationalité dès lors qu’il acquiert volontairement une nationalité étrangère (article 46). En conséquence, Dologuélé, devenu Français en 1994, aurait juridiquement perdu sa nationalité centrafricaine à cette date, sauf réintégration par décret.
Or, à ce jour, aucun décret officiel de réintégration dans la nationalité centrafricaine n’a été publié. Cette absence soulève une contradiction majeure depuis l’annonce, en septembre 2025, de sa renonciation à la nationalité française. L’homme politique se retrouverait alors, au moins temporairement, dans une situation d’apatridie ( sans nationalité reconnue).
Quel passeport a-t-il utilisé ?
La question centrale demeure : avec quel document Anicet-Georges Dologuélé a-t-il franchi la frontière centrafricaine ?
Un passeport centrafricain ? Il serait irrégulier sans décret de réintégration préalable.
Un passeport français ? L’intéressé affirme y avoir renoncé.
Un titre de voyage pour apatrides ? Aucun élément n’a été communiqué à ce sujet.
Ces zones d’ombre laissent place à deux hypothèses :
L’usage d’un passeport centrafricain sans base légale, constitutif d’une infraction en matière de faux documents.
Une entrée sur le territoire avec un passeport français après renonciation, ce qui créerait une incohérence administrative manifeste.
Face à ces contradictions, plusieurs observateurs appellent les autorités centrafricaines à clarifier la situation juridique de M. Dologuélé.
Trois questions précises se posent :
Quel document de voyage a-t-il utilisé pour entrer en RCA ?
Dispose-t-il d’un passeport centrafricain valide, et sur quel fondement juridique ?
Un décret de réintégration dans la nationalité centrafricaine a-t-il été pris, et à quelle date ?
En l’absence de procédure de réintégration régulièrement établie, le retour de M. Dologuélé soulève un débat fondamental sur le respect des textes légaux relatifs à la nationalité.
Dans un État de droit, rappellent plusieurs juristes, la loi doit être la même pour tous, sans exception.
Une vérification officielle apparaît donc indispensable pour lever toute ambiguïté sur la situation administrative de l’ancien Premier ministre.
Robert Bastos
