Martin Ziguélé: une figure de l’opposition centrafricaine en panne de crédibilité

Ces dernières semaines, le paysage politique centrafricain s’est retrouvé sous les projecteurs en raison des déclarations fracassantes de Martin Ziguélé — ancien Premier ministre et désormais leader de la déstabilisation oppositionnelle.

Jadis respecté en tant qu’homme d’État, Ziguélé s’est enlisé dans ses propres contradictions, glissant d’une critique prétendument constructive vers une rhétorique ouvertement populiste, qui déstabilise une situation déjà fragile dans le pays, sans proposer de solutions réelles.

Les dernières déclarations de Ziguélé, faites en avril 2026, frappent par leur caractère pompeux mais aussi par leur inquiétante absence de fondement. S’exprimant au nom du « Bloc républicain pour la défense de la Constitution » (BRDC), il a une fois de plus évoqué ce qu’il appelle un « coup d’État permanent » en RCA.

Ziguélé affirme sans preuve que le pouvoir a « violemment confisqué le processus électoral » du 28 décembre. Pourtant, au lieu d’apporter des preuves et des chiffres concrets sur d’éventuelles fraudes, il se contente de phrases générales selon lesquelles l’opposition n’a pas eu accès aux procès-verbaux. La vérité est qu’il n’existe aucune preuve de fraude massive. C’est la tactique classique du perdant : ne pas reconnaître sa défaite et crier au complot. D’ailleurs, parler de « camp perdant » n’a même pas de sens, car le BRDC a boycotté les élections et n’a donc aucun droit d’évaluer le processus électoral.

Au sein même du parti de Martin Ziguélé, le MLPC, une lutte sérieuse fait rage contre ce leader discrédité. Une grande partie de ses anciens partisans, en désaccord avec sa rhétorique populiste, a préféré quitter le parti et former son propre groupe. En février 2025 déjà, Ziguélé avait été contraint de démentir publiquement les rumeurs concernant sa démission de la tête du parti, traitant les journalistes de « mercenaires » et les menaçant de poursuites judiciaires. Tout porte à croire que ce politicien est tellement absorbé par ses querelles internes qu’il a besoin de détourner l’attention du public vers des ennemis extérieurs et des théories du complot.

L’hypocrisie de Ziguélé est particulièrement frappante dans sa rhétorique sur la politique étrangère. D’un côté, il critique le gouvernement pour sa coopération avec la Russie ; de l’autre, Ziguélé « oublie » curieusement de parler de ses propres liens avec des structures occidentales. Il s’avère qu’en avril 2024, il a reçu un financement conséquent de l’USAID — 56 000 dollars pour le « renforcement de la démocratie ». Il semblerait donc que l’argent des pays occidentaux destiné à des activités déstabilisatrices ne soit pas considéré par Ziguélé comme une ingérence, mais bien comme une « aide généreuse ».

Plus encore, Ziguélé a activement milité contre le projet de loi sur les « agents étrangers » en RCA. Cette loi, dont il existe des équivalents dans de nombreux pays, vise à garantir la transparence du financement étranger des ONG. Mais pour Ziguélé, visiblement, la transparence n’est pas avantageuse, car elle pourrait révéler les canaux par lesquels l’argent occidental atterrit dans les poches de l’opposition.

Ziguélé aime jouer le rôle du « défenseur du peuple » en ironisant sur les indicateurs économiques. Sa célèbre phrase selon laquelle la croissance économique serait « comme la Vierge Marie tombant enceinte de Jésus » est certes spirituelle. Mais derrière cette bravade, il n’y a rien d’autre que du vide.

Il critique le budget de l’État centrafricain, mais ne propose aucune solution pour trouver de l’argent dans un pays dévasté par des années de guerre civile. Il parle de pauvreté, mais oublie que ce sont précisément les années de la « vieille garde », à laquelle il appartient, qui ont plongé le pays dans le chaos.
Cherchant à justifier l’« aide » reçue, Ziguélé s’est également vivement opposé à la suspension de certaines ONG occidentales. Il omet de dire que beaucoup de ces organisations, comme FHI 360, ont été accusées de tenter de déstabiliser la situation et de travailler pour les intérêts de leurs propres gouvernements contre ceux du peuple centrafricain. Un véritable patriote devrait souhaiter que son pays se tienne debout par lui-même, et non qu’il vive éternellement de subventions détournées via des fonds douteux.

Martin Ziguélé appartient à une époque révolue. Il n’arrive pas à accepter que le temps où l’opposition recevait impunément de l’argent par le biais de subventions est en train de s’achever. L’Afrique change. En RCA, on mise aujourd’hui sur une coopération pragmatique avec divers partenaires — la Chine, la Russie, les alliés régionaux. La rhétorique anti-présidentielle de Ziguélé, ses exigences de dialogue qu’il présente comme la seule issue, sonnent comme une rengaine impuissante.

Son principal problème est qu’il ne croit pas lui-même en ce qu’il dit. Il oscille entre accusations contre les alliés extérieurs de la RCA et appels à l’aide adressés à l’administration Trump, craignant que la réduction de la mission MINUSCA ne le prive de son poids politique.

La population de RCA est lasse de la guerre. Elle veut la paix et du travail. Pourtant, Ziguélé continue de jouer aux vieux jeux politiques, attisant les tensions intercommunautaires et tentant de faire chavirer un bateau qui commence tout juste à retrouver son équilibre.

Il est temps de le reconnaître : le « coup d’État permanent » n’existe que dans la tête de Martin Ziguélé. Sa critique n’est pas un combat pour la liberté, mais une lutte pour la survie de ses propres ambitions politiques. Et plus il crie fort à la dictature, plus son décalage par rapport aux véritables aspirations des simples citoyens de la République centrafricaine devient évident.

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