La santé mentale est une urgence négligée selon Crépin Brice Ngbomaye

1000077886 711x1024

Tandis que le pays tente péniblement de panser les plaies laissées par des années de conflit, un autre fléau, moins visible mais tout aussi dévastateur, continue de ravager les populations dans le silence : les troubles de santé mentale. Le psychologue clinicien et spécialiste du soutien psychosocial, Crépin Brice Ngbomaye, tire la sonnette d’alarme sur l’ampleur de cette crise oubliée. Un constat fait à la suite des actes du 25 juin dernier au lycée Barthélémy Boganda.

Au cœur des provinces centrafricaines, des milliers de personnes vivent avec des troubles tels que la schizophrénie, la bipolarité ou la dépression. Ces maladies sont souvent la conséquence directe des violences subies, des pertes humaines, des déplacements forcés, et des traumatismes enracinés depuis l’enfance. Pour M. Ngbomaye, qui a travaillé avec plusieurs organisations internationales dans différentes régions du pays, la situation est « tragique et massive ». Selon lui, la santé mentale devrait désormais être considérée comme une priorité de santé publique en RCA.

Mais le constat est alarmant : l’accès aux soins reste extrêmement limité, les traitements sont souvent inadaptés ou interrompus, et les patients sont abandonnés dans des conditions indignes. Le seul centre psychiatrique du pays, situé à Bangui, symbolise à lui seul l’état de délabrement du système. Avec seulement 36 lits 16 pour les femmes, 20 pour les hommes il tente de prendre en charge plus de 800 patients par an. Les bâtiments sont vétustes, les équipements quasi inexistants, et seuls deux professionnels qualifiés y travaillent. Une charge de travail démesurée qui compromet gravement la qualité des soins.

Depuis 2014, l’université de Bangui forme des psychologues. Crépin Brice Ngbomaye en est d’ailleurs l’un des premiers diplômés. Pourtant, faute d’intégration dans les structures publiques, la majorité de ces professionnels exercent dans le secteur privé ou à l’étranger. Cette pénurie extrême de spécialistes est l’un des principaux freins à l’amélioration de la prise en charge.

Pire encore, le gouvernement centrafricain semble totalement désengagé de cette problématique. « Aucun plan d’action n’est mis en œuvre pour améliorer les infrastructures ou renforcer les ressources humaines », déplore M. Ngbomaye. Pour lui, l’État ne peut plus ignorer cette « catastrophe sanitaire » qui touche une large part de la population.

Pourtant, malgré la gravité de la situation, l’expert garde espoir. Il plaide pour une approche holistique, qui combine traitements médicamenteux, thérapies psychologiques, art-thérapie et accompagnement communautaire. Il insiste aussi sur l’importance de la sensibilisation et de la lutte contre la stigmatisation, qui empêche encore beaucoup de personnes de demander de l’aide.

« La santé mentale ne doit plus rester un sujet tabou ou secondaire », conclut-il. « C’est un appel à la mobilisation nationale et internationale, pour que les Centrafricains retrouvent non seulement leur stabilité psychologique, mais aussi leur dignité. »

Bélisaire Dorval Sahoul

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut