À Bangui, une question dérange mais ne peut être éludée : Anicet-Georges Dologuélé pouvait-il, en droit, exercer les plus hautes fonctions de l’État tout en détenant la nationalité française ? La réponse est claire, et elle interroge le passé d’un homme qui brigue aujourd’hui la magistrature suprême.
Une Constitution sans équivoque
La loi fondamentale de 2023 tranche : « La nationalité centrafricaine est une et exclusive. Elle ne peut être détenue concurremment avec une autre » (art. 10).
Ce principe n’est pas nouveau. Depuis 1961, le Code de la nationalité prévoit que tout Centrafricain majeur qui acquiert volontairement une nationalité étrangère perd automatiquement sa nationalité d’origine (art. 46). La perte est effective « à la date de l’acquisition de la nationalité étrangère » (art. 48).
En clair, si Dologuélé a bien obtenu la nationalité française en 1994, il n’était plus légalement Centrafricain à partir de cette année-là — sauf à avoir été ultérieurement réintégré par décret. Or, aucun décret public n’a été identifié à ce jour.
Fonctions exercées… sans titre ?
Depuis 1994, Anicet-Georges Dologuélé a occupé des postes de premier plan : ministre des Finances, Premier ministre (1999–2001), puis député à plusieurs reprises. Or, le Code pénal ne laisse pas de zones grises :
L’article 408 sanctionne « quiconque, sans titre, se sera immiscé dans les fonctions publiques civiles ou militaires » par deux à cinq ans de prison.
Les articles 355 à 359 visent les faux en documents administratifs, leur usage, et les fausses attestations.
Si la perte de nationalité en 1994 est confirmée, ces fonctions auraient été juridiquement entachées d’illégalité. On ne parle donc plus seulement d’un critère d’éligibilité non rempli, mais d’infractions pénales précises : usurpation de fonctions, faux et usage de faux.
Une reconnaissance implicite
En annonçant en 2025 avoir renoncé à sa nationalité française pour se conformer à la Constitution, Dologuélé reconnaît de facto qu’il l’avait bien conservée jusqu’alors. Ce geste tardif soulève une contradiction : comment se dire aujourd’hui candidat « régulier » en admettant avoir été « irrégulier » hier ?
L’argument de l’« inapplication »
Certains objecteront : « Le Code de 1961 n’a jamais été appliqué strictement. Tout le monde le savait, mais personne ne disait rien. »
Cet argument, souvent répété dans les couloirs du pouvoir, ne résiste pas à l’examen. L’inapplication d’une loi ne l’abroge pas. Dans un État de droit, la règle vaut jusqu’à son abrogation. La complaisance des autorités successives ne lave pas l’illégalité.
Une question de crédibilité démocratique
Au-delà du cas personnel, c’est la crédibilité des institutions centrafricaines qui est en jeu. Peut-on prétendre incarner le renouveau démocratique si l’on a construit sa carrière politique sur une violation manifeste de la loi ?
La question ne relève pas seulement du droit, mais de l’éthique politique : que vaut un serment constitutionnel prêté par celui qui, pendant des années, n’était pas censé appartenir à la communauté nationale au sens juridique du terme ?
Pour un éclaircissement officiel
La vérité ne peut rester une rumeur de salon ou une bataille d’opinions. Trois vérifications s’imposent :
La date exacte d’acquisition de la nationalité française.
La date de renonciation officielle.
L’existence ou non d’un décret de réintégration dans la nationalité centrafricaine.
Le peuple centrafricain est en droit d’exiger transparence et clarté. Tant que ces éléments ne sont pas rendus publics, le doute persistera — et il pèsera lourdement sur la candidature d’Anicet-Georges Dologuélé.
Helena CHARISSE
