La récente saisine de la Cour pénale internationale (CPI) par un groupe se présentant sous le nom de « Les 12 Apôtres » contre le président Faustin Archange Touadéra continue de susciter une vague de réactions au sein du pouvoir centrafricain et de ses alliés politiques.
Lors de sa conférence de presse hebdomadaire, ce vendredi 31 octobre, Albert Yaloke Mokpem, porte-parole de la Présidence, a dénoncé ce qu’il qualifie de « démarche entachée d’irrégularités » et d’« entreprise de déstabilisation » visant à « saboter la paix et la cohésion sociale » dans le pays.
Une procédure « non conforme » selon la Présidence
M. Mokpem a rappelé que la République centrafricaine, État signataire du Statut de Rome, entretient une coopération institutionnelle avec la CPI, mais que la saisine de cette juridiction internationale ne peut émaner d’individus isolés : « La Cour pénale internationale est saisie par les États parties ou par le Conseil de sécurité des Nations unies, mais non par des citoyens ou des groupements privés », a-t-il insisté.
Le porte-parole a également affirmé que le président Touadéra n’a commis aucun acte pouvant justifier une enquête internationale, tout en dénonçant une manipulation politique orchestrée depuis l’étranger.
La légitimité contestée des “12 Apôtres”
Le mouvement Les 12 Apôtres n’est pas reconnu comme une organisation de la société civile en République centrafricaine, selon la Présidence : « C’est un regroupement de perturbateurs installés en Occident, cherchant à attiser la haine et à troubler la quiétude du peuple centrafricain », a déclaré M. Mokpem, ajoutant que l’État centrafricain se réserve le droit d’engager des poursuites judiciaires contre les membres identifiés de cette plateforme.
Le Mouvement Panafricain pour une Centrafrique Libre (MPCL), dirigé par Gutenberg Taramboy, a apporté son soutien à la Présidence.
Dans une déclaration à la presse, M. Taramboy a qualifié les 12 Apôtres de « mouvement hors la loi », composé selon lui « d’extrémistes financés depuis l’étranger » pour freiner les efforts de pacification et de désarmement engagés par le chef de l’État :
« Ces individus, frustrés par la restauration de l’autorité de l’État, cherchent à nuire à la stabilité du pays », a-t-il estimé, dénonçant par ailleurs l’influence supposée de leur conseil juridique, Me La Rochelle, qu’il accuse d’être « proche de certains milieux hostiles à la Centrafrique ».
La Justice centrafricaine met en garde
Dans un communiqué signé par le ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Dr Arnaud Djoubay Abazene, le gouvernement a mis en garde toute personne ou tout groupe cherchant à « perturber la paix et l’ordre public ».
Le texte souligne que toute infraction relevant d’une telle démarche fera l’objet de poursuites devant les juridictions compétentes, et réaffirme la primauté des institutions nationales sur les initiatives individuelles à l’étranger.
Cette controverse intervient dans un climat politique marqué par les efforts du gouvernement centrafricain pour consolider la stabilité après plusieurs années de conflits armés. Mais cette situation pourra être à l’origine d’autres crises que le pays a déjà connu.
Bélisaire Dorval Sahoul
