Centrafrique : des alliances politiques controversées ravivent les inquiétudes à l’approche de la présidentielle du 28 décembre prochain

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À l’approche des prochaines échéances électorales en République centrafricaine, le paysage politique suscite de vives inquiétudes parmi certains observateurs, qui pointent du doigt des alliances jugées incompatibles avec les efforts de stabilisation du pays. La candidature à la présidence d’Anicet-Georges Dologuélé, figure bien connue de la scène politique nationale et ancien Premier ministre, cristallise une partie de ces préoccupations.

Présenté par ses partisans comme un homme d’expérience et un acteur potentiel de réconciliation nationale, M. Dologuélé bénéficie du soutien de plusieurs formations politiques, dont le Parti de l’unité nationale (PUN), dirigé par Léa Mboua Doumta. Ce ralliement, officialisé récemment, suscite toutefois de nombreuses critiques dans l’opinion publique et au sein de la société civile.

Le PUN est en effet un parti régulièrement accusé par ses détracteurs d’avoir entretenu, par le passé, des liens politiques avec des groupes armés impliqués dans les violences qui ont marqué le pays depuis plus d’une décennie. Des observateurs rappellent notamment son soutien affiché à la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), dirigée par l’ancien président François Bozizé, une alliance de groupes rebelles à l’origine de la tentative de déstabilisation institutionnelle de 2020-2021.

Plus anciennement encore, le PUN a été accusé par plusieurs acteurs politiques et organisations de défense des droits humains d’avoir soutenu la coalition Séléka, dont les exactions commises après la prise de pouvoir en 2013 — massacres de civils, exécutions extrajudiciaires et violences à caractère communautaire — ont profondément traumatisé la population centrafricaine. Plusieurs anciens chefs de la Séléka ont depuis été poursuivis ou condamnés par des juridictions nationales et internationales pour crimes graves, notamment des crimes contre l’humanité.

La présidente du PUN, Léa Mboua Doumta, demeure elle-même une figure controversée. Elle fait l’objet d’accusations récurrentes de collusion politique avec des groupes armés, accusations qu’elle a toujours rejetées. Ses opposants dénoncent par ailleurs une gouvernance interne jugée opaque au sein du parti et l’absence de mécanismes démocratiques effectifs.

L’alliance conclue entre le PUN, l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA) et la candidature de M. Dologuélé est ainsi perçue par certains analystes comme une convergence d’intérêts politiques plutôt qu’un projet fondé sur une vision commune de paix durable. Des critiques rappellent également les polémiques passées entourant la gestion économique de M. Dologuélé lorsqu’il occupait des fonctions gouvernementales, alimentant un discours récurrent sur la corruption et la responsabilité politique, sans qu’aucune condamnation judiciaire définitive ne soit venue à ce jour les confirmer.

Dans un pays encore marqué par des années de conflit armé et de fragilité institutionnelle, ces rapprochements ravivent la crainte d’un retour en arrière. Pour de nombreux citoyens et acteurs de la société civile, l’enjeu central de la présidentielle à venir dépasse les rivalités partisanes : il s’agit de consolider la paix, de renforcer l’État de droit et d’éviter toute réhabilitation politique de réseaux associés, de près ou de loin, aux violences passées.

À ce carrefour de son histoire, la République centrafricaine fait face à un choix déterminant. Entre la poursuite d’un processus lent et fragile de stabilisation et le risque d’une recomposition politique susceptible de rouvrir de vieilles fractures, les électeurs seront appelés à trancher dans un contexte où la mémoire des souffrances passées demeure encore vive.

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