
Accusé de complicité dans une affaire de mœurs et confronté à une fronde interne, Mgr Jesús Ruiz Molina dénonce une campagne de désinformation et clarifie les décisions récentes ayant secoué le diocèse centrafricain de M’Baïki.
Dans un communiqué publié le 16 juillet 2025, Mgr Jesús Ruiz Molina, évêque du diocèse de M’Baïki, en République Centrafricaine, a tenu à répondre avec fermeté et transparence aux accusations dont il fait l’objet. Ces dernières semaines, des tensions internes ont secoué le diocèse, exacerbées par le limogeage controversé de l’abbé Alain le Patrick Mokopame de sa fonction de Vicaire Général, et par des soupçons de complicité dans une affaire d’abus sexuel présumé impliquant un prêtre du diocèse.
Dans une note de presse de plus de trois pages, l’évêque espagnol membre des Missionnaires Comboniens du Cœur de Jésus (M.C.C.I.) s’appuie sur un passage biblique pour introduire son propos : « Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups… Ne craignez pas les hommes ; tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu » (Mt 10, 16-33). Ce préambule donne le ton d’un message à la fois défensif et résolument tourné vers la recherche de vérité.
Les premiers remous sont apparus publiquement le dimanche 13 juillet 2025, lorsqu’un groupe de fidèles aurait organisé des manifestations avec des casseroles au cours de la célébration eucharistique, dénonçant la décision de l’évêque de remplacer son Vicaire Général. Une intrusion aurait également eu lieu dans la résidence épiscopale.
L’évêque condamne fermement ces agissements : « Les manifestations avec des casseroles ainsi que l’intrusion non autorisée dans la résidence épiscopale ne reflètent ni l’esprit ecclésial ni le chemin synodal auquel nous sommes tous appelés », écrit-il, soulignant que l’Église n’est ni un espace de rivalités ni une arène politique.
Mgr Ruiz Molina rappelle que la nomination d’un Vicaire Général relève de la prorogative exclusive de l’évêque, qui agit dans une logique de communion et non de rivalité : « Un Vicaire Général est un prêtre que l’Évêque choisit librement pour collaborer avec lui… Il n’est pas son rival ».
Une accusation grave et ses suites
Au cœur de la crise se trouve également une accusation anonyme de pédophilie visant un prêtre du diocèse, affaire dans laquelle l’abbé Alain accuse l’évêque d’avoir gardé le silence, voire d’avoir couvert les faits.
L’évêque réfute avec force toute forme de complaisance : « Cela est faux. Je déclare que moi-même, ainsi que l’Église catholique, nous sommes fermement opposés à toute forme d’abus sexuel, et que nous avons toujours dénoncé ces actes avec clarté et rigueur ».
Selon le communiqué, dès réception de la dénonciation anonyme, des mesures ont été prises : le prêtre concerné a été immédiatement éloigné de sa paroisse à titre conservatoire. Une somme de 100 000 FCFA aurait été remise à l’abbé Alain pour qu’un examen gynécologique soit réalisé sur la présumée victime, laquelle s’est révélée être âgée de 23 ans un élément crucial qui écarte juridiquement la qualification de pédophilie.
Mgr Ruiz Molina détaille également les démarches entreprises sur le plan ecclésial et judiciaire. Une enquête canonique officielle, dirigée par un responsable désigné par la Conférence Épiscopale Centrafricaine, a été menée, parallèlement à une première enquête conduite par l’abbé Alain lui-même, alors responsable de la Commission diocésaine pour la protection des mineurs.
Le dossier a ensuite été transmis au Dicastère pour la Doctrine de la Foi à Rome, mais celui-ci a jugé en avril 2025 que l’affaire n’entrait pas dans son champ de compétence, la personne impliquée n’étant pas mineure.
Sur le plan civil, les autorités judiciaires centrafricaines ont été alertées le 16 janvier 2025 et ont ouvert une enquête indépendante, avec l’appui du dossier canonique remis par le diocèse.
Un départ controversé
Autre sujet d’accusation : le départ précipité du prêtre mis en cause, que certains présentent comme une fuite orchestrée par l’évêque. Mgr Ruiz Molina dément cette version : « C’est le prêtre accusé qui a pris cette décision, après que son avocat lui a informé qu’il était libre d’entrer et de sortir du pays. Je n’ai pas été consulté à ce sujet, ni ne l’ai autorisé ».
Il va plus loin, soulignant que le prêtre en question a même déposé un recours contre lui auprès du Dicastère pour l’Évangélisation, pour avoir communiqué le dossier aux autorités civiles, « alors qu’il ne s’agissait pas d’un cas d’abus sur mineur ».
Malgré la gravité des accusations, l’évêque de M’Baïki se dit prêt au dialogue, à condition qu’il soit sincère : « Je renouvelle ma disponibilité à la réconciliation et au dialogue, dans la mesure où chacun s’engage sincèrement à reconstruire la communion ».
Il conclut son message par un appel à l’unité spirituelle, invitant toute la communauté diocésaine à rester unie dans la prière et à œuvrer pour la paix : « Que le Seigneur pardonne nos fautes et celles de ceux qui nous ont offensés… La vérité vous rendra libres, et la paix sera possible si chacun fait sa part ».
Ce communiqué intervient dans un climat de fortes tensions au sein de l’Église centrafricaine, confrontée à des défis aussi bien internes qu’externes. L’affaire de M’Baïki met en lumière la fragilité de la gouvernance ecclésiale en contexte de crise, mais aussi les efforts déployés pour renforcer la transparence, la justice et la protection des fidèles, notamment les plus vulnérables.
Pour l’heure, les autorités ecclésiastiques et judiciaires suivent de près le dossier. L’avenir dira si l’appel à la communion lancé par Mgr Ruiz Molina saura être entendu.
Bélisaire Dorval Sahoul
