Les États-Unis, l’Iran et l’érosion du droit international

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Depuis la fin de la Guerre froide, le monde semblait évoluer vers un ordre international fondé sur la coopération multilatérale et le respect du droit. Pourtant, en 2025, l’entrée en guerre des États-Unis contre l’Iran remet brutalement en question ce fragile édifice. Ce conflit, loin d’être un simple épisode régional, incarne une crise profonde de la diplomatie internationale et révèle l’affaiblissement inquiétant des institutions censées garantir la paix.

En 2011, alors simple homme d’affaires et futur président, Donald Trump qualifiait déjà Barack Obama de « faible » en matière de politique étrangère, l’accusant de préparer une guerre pour masquer ses échecs. Quinze ans plus tard, l’ironie est amère : c’est sous une administration américaine encore plus dure et déterminée que le pays s’engage dans un conflit ouvert contre l’Iran.

Cette décision marque un tournant pour le Moyen-Orient, une région historiquement instable, mais aussi pour l’ensemble de l’ordre international. Comme le soulignait en 2024 le professeur de relations internationales François Heisbourg, « le Moyen-Orient est souvent le baromètre des tensions globales, et ce conflit risque de précipiter une nouvelle ère d’incertitude, où la guerre deviendra à nouveau un instrument central de la politique internationale ».

Une région au bord du chaos

Le conflit soulève des tensions interconfessionnelles déjà vives entre chiites et sunnites. L’Iran, puissance chiite régionale, s’oppose frontalement aux alliés sunnites des États-Unis dans le Golfe, notamment l’Arabie saoudite. Israël, principal allié américain dans la région, surveille avec une vigilance accrue une escalade qui pourrait menacer sa sécurité.

Les conséquences ne se limitent pas aux frontières iraniennes. Le Liban, où le Hezbollah, soutenu par Téhéran, joue un rôle majeur, pourrait voir la situation dégénérer. En Syrie et en Irak, pays sortant encore à peine d’années de guerre civile et de combats contre le groupe État islamique, le risque d’une reprise des hostilités est grand. Le Yémen, dévasté par un conflit entre une coalition menée par l’Arabie saoudite et des rebelles houthis proches de l’Iran, pourrait également devenir un théâtre d’affrontements indirects.

Selon un rapport publié en 2025 par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), « le conflit risque de relancer les guerres par procuration dans toute la région, déstabilisant durablement des États déjà fragiles ».

La crise du droit international

Sur le plan international, cette guerre illustre l’affaiblissement croissant des mécanismes multilatéraux. L’intervention américaine, menée sans approbation claire du Conseil de sécurité de l’ONU, rappelle la paralysie de l’institution onusienne face aux crises majeures.

L’historien et spécialiste des relations internationales Andrew Hurrell rappelle que « l’ONU a été conçue pour être un arbitre entre les puissances, un garant de la paix fondé sur le droit. Or, lorsque ces puissances choisissent de passer outre, elle perd toute crédibilité ». Cette impuissance rappelle la Société des Nations dans les années 1930, incapable d’empêcher l’ascension des totalitarismes et la Seconde Guerre mondiale.

Cette situation met en lumière une érosion progressive du respect du droit international. L’ingérence militaire sans mandat, le recours à la force en dehors des cadres juridiques établis, témoignent d’un retour à un monde où la puissance brute dicte la politique internationale.

Impact indirect sur l’Afrique

L’Afrique, continent souvent oublié dans les discussions sur le Moyen-Orient, est pourtant loin d’être épargnée. Plusieurs pays du Sahel et de la Corne de l’Afrique sont au cœur des rivalités entre l’Iran et les États-Unis, notamment sur des questions religieuses et sécuritaires.

Le Sahel, déjà confronté à une grave crise sécuritaire liée à la présence de groupes djihadistes, pourrait voir la guerre s’étendre par des soutiens indirects à des factions locales. En Éthiopie et en Somalie, zones sensibles, les alliances et rivalités régionales pourraient se durcir sous l’influence des acteurs extérieurs.

D’un point de vue économique, la hausse des prix du pétrole provoquée par la guerre affecte durement des économies africaines dépendantes des importations d’énergie. Par ailleurs, le climat d’incertitude pousse les investisseurs internationaux à la prudence, freinant les investissements cruciaux pour le développement.

Comme le souligne la Banque africaine de développement dans son rapport 2025, « les répercussions économiques du conflit Moyen-Orient États-Unis Iran sont susceptibles de ralentir la croissance du continent, déjà fragilisée par de nombreux défis ».

Le spectre d’une recomposition internationale fondée sur la force

Au-delà des impacts régionaux et économiques, ce conflit reflète une crise plus globale : la remise en cause du multilatéralisme et la montée des logiques de puissance. Le monde semble glisser vers une ère où la force prime sur le droit, où les rapports de force sont déterminés par les capacités militaires plutôt que par les institutions.

Cette évolution inquiète experts et observateurs. La politologue Anne-Marie Slaughter avertit que « si l’ordre international s’effrite, nous risquons d’entrer dans une période marquée par des conflits fréquents, des alliances changeantes, et une instabilité chronique ».

Cette tendance s’inscrit dans un contexte de rivalités exacerbées entre grandes puissances, que ce soit entre les États-Unis et la Chine, ou entre la Russie et l’Occident. La guerre avec l’Iran pourrait ainsi être le déclencheur d’un rééquilibrage des forces aux conséquences imprévisibles.

La décision des États-Unis d’engager une guerre contre l’Iran en 2025 n’est pas un simple épisode régional. Elle est le symptôme d’une crise profonde qui touche le cœur même de l’ordre international. Elle révèle les limites des institutions multilatérales, la fragilité du droit international, et la difficulté à maîtriser des conflits aux ramifications complexes.

Face à cette situation, la communauté internationale doit faire preuve d’unité et de responsabilité. Le renforcement du multilatéralisme, la recherche de solutions diplomatiques durables, et le respect du droit international sont plus que jamais nécessaires pour éviter une spirale de violence.

Alors que les tambours de guerre continuent de résonner, c’est la survie d’un ordre mondial pacifique qui est en jeu. Un ordre dont dépend l’avenir de millions de personnes, au Moyen-Orient, en Afrique, mais aussi dans le reste du monde.

Chrislain Gauthier INOUSSA

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