
Dans une atmosphère solennelle empreinte d’espoir et de responsabilité, la localité de Maloum, dans la préfecture de la Ouaka, a été le théâtre d’un tournant historique pour la République centrafricaine. Plus de 300 ex-combattants du groupe armé UPC (Unité pour la Paix en Centrafrique) y ont officiellement déposé les armes.

Cette cérémonie symbolique, organisée à 50 kilomètres de Bambari, a rassemblé un aréopage de personnalités militaires, politiques et diplomatiques, venues saluer cet acte fort dans le processus de désarmement et de réconciliation nationale.
Une cérémonie de haut niveau dans un contexte fragile
Parmi les figures présentes à Maloum figuraient notamment : le ministre centrafricain de la Défense nationale, Rameau Claude BIREAU ; son homologue tchadien, Issakha Maloua DJAMOUSS ; le Général d’armée Henry WANZET-LINGUISSARA, conseiller spécial à la Présidence ; le Général Zéphirin MAMADOU, Chef d’État-Major des Armées ; le Général Freddy Johnson SAKAMA, chargé des opérations ; et surtout, Ali Darassa, chef de l’UPC, présent en personne pour accompagner ses hommes dans cette transition cruciale.
Le ministre BIREAU s’est félicité de cette étape, déclarant dans son allocution : « Ce geste de paix traduit une volonté commune de tourner la page des violences. Le gouvernement reste engagé à accompagner chaque ex-combattant sur le chemin de la réintégration et de la citoyenneté responsable. »
L’accord du 19 avril : un socle fragile mais porteur d’espoir
Signé à N’Djamena en avril 2025, l’accord de paix entre le gouvernement et les groupes armés UPC (Unité pour la Paix en Centrafrique) et 3R (Retour, Réclamation et Réhabilitation) vise à mettre fin à des années de violences armées qui ont ravagé le pays depuis 2013. L’accord prévoit le désarmement volontaire, la réinsertion des combattants, ainsi qu’un dialogue renforcé avec les autorités locales pour garantir un retour durable à la stabilité.
Ce geste à Maloum est donc une première concrétisation majeure. Il intervient dans une dynamique nationale plus large : au total, plus de 5 000 ex-combattants issus de l’UPC, 3R et du Mouvement Patriotique pour la Centrafrique (MPC) ont déposé les armes depuis avril.
UPC : 2 950 ex-combattants désarmés; 3R : 2 050; MPC : 250
Ces opérations se sont déroulées dans plusieurs zones clés, avec l’appui logistique, stratégique et diplomatique de conseillers militaires russes, dont la présence en Centrafrique reste sujette à controverse mais efficace en matière de stabilisation sécuritaire.

L’État-Major des Forces Armées Centrafricaines (FACA) a salué cette nouvelle avancée du programme DDRR (Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Rapatriement), en vigueur depuis plusieurs années mais freiné par des résurgences de violences.
Le Général Zéphirin MAMADOU, chef d’État-Major, a insisté sur le rôle crucial des FACA dans la préservation de la paix : « Nos forces sont prêtes à accompagner ce processus sur l’ensemble du territoire national. Mais pour garantir la réussite du DDRR, il faut une mobilisation de tous les acteurs gouvernement, partenaires internationaux, société civile autour de l’insertion durable de ces jeunes sortis des rangs armés. »
La Russie, partenaire incontournable de la stabilisation
Le rôle de la Russie dans le désarmement a été particulièrement mis en avant. Les instructeurs militaires russes, présents dans le pays depuis 2018, ont joué un rôle déterminant dans la négociation avec certains groupes armés, tout en apportant un soutien logistique et stratégique aux FACA.
Le Général Freddy Johnson SAKAMA a salué cet appui : « Grâce à la diplomatie militaire, nous avons pu obtenir la reddition pacifique de nombreux groupes. La coopération avec la Russie s’est révélée essentielle pour éviter des affrontements et faciliter la réintégration. »
Cette présence militaire russe s’inscrit dans une coopération bilatérale élargie, qui inclut la formation militaire, le partage de renseignement, et l’appui aux projets de réinsertion des ex-combattants.
Malgré les avancées, les autorités reconnaissent que le plus difficile commence maintenant. Le désarmement ne garantit pas à lui seul la paix durable, tant que les causes profondes du conflit pauvreté, marginalisation, absence de services de base ne sont pas traitées.
Le ministre tchadien de la Défense, Issakha Maloua DJAMOUSS, a mis en garde : « Si les ex-combattants désarmés ne trouvent ni travail, ni logement, ni utilité sociale, le risque de re-miliciarisation ou de banditisme reste élevé. »
Pour éviter ce scénario, un plan d’insertion socio-économique est en cours d’élaboration. Il prévoit : la formation professionnelle des ex-combattants ; des ateliers de reconversion (agriculture, artisanat, bâtiment) ; un accompagnement psychologique pour traiter les traumatismes ; et surtout, la création d’emplois locaux, notamment à travers les chantiers publics.
Mais les moyens restent limités. Le financement du programme DDRR dépend en grande partie de l’appui international, dont les promesses tardent parfois à se concrétiser.
Sur le terrain, la méfiance persiste dans plusieurs communautés qui ont souffert des exactions de certains groupes armés. À Maloum, plusieurs habitants, bien que soulagés par le désarmement, expriment une certaine prudence.
Fatouma, 39 ans, commerçante locale, confie : « C’est bien qu’ils déposent les armes. Mais comment pardonner ceux qui ont brûlé nos maisons et pillé nos champs ? Il faut que justice soit faite, et que l’État revienne vraiment dans nos villages. »
Pour répondre à ces attentes, des commissions locales de réconciliation ont été proposées. Elles viseront à rétablir la confiance, faciliter les réparations et prévenir de nouveaux conflits.
Bélisaire Dorval Sahoul
