Centrafrique : La marche Nationale contre les Violences Conjugales reportée au 1er juillet 2025

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La République Centrafricaine s’apprêtait à vivre, ce vendredi 27 juin 2025, une journée historique : celle de la première Marche Nationale contre les Violences Conjugales, initiée par un collectif d’associations et de personnalités engagées pour la défense des droits des femmes. Mais, à la suite d’une audience avec le Premier Ministre ce mercredi, le comité d’organisation a annoncé le report officiel de cette mobilisation au mardi 1er juillet 2025.

Reçue par le Premier Ministre, chef du gouvernement, une délégation conduite par Mme Elisée Prudence KETTE, figure centrale de cette mobilisation, a exposé en détail le chronogramme, les objectifs, ainsi que le plan de rassemblement de la Marche. L’accueil a été favorable, les échanges francs. Mais le gouvernement, invoquant un calendrier institutionnel chargé, a sollicité un léger report : « Le gouvernement nous a assurés de son soutien, mais pour des raisons de disponibilité des membres du gouvernement et de sécurité, nous avons convenu de repousser la date au 1er juillet », a expliqué Mme KETTE à la sortie de l’audience.

Un glissement de quelques jours donc, mais dont les organisateurs se veulent rassurants : la mobilisation reste intacte, les préparatifs sont relancés, et l’enthousiasme ne faiblit pas.

Cette Marche Nationale ne se veut pas qu’une simple manifestation ponctuelle. Elle porte une ambition plus grande : faire reconnaître officiellement les violences conjugales comme une urgence nationale, briser les tabous culturels et sociaux, et surtout, amorcer un changement législatif et institutionnel.

Parmi les propositions phares du comité figure celle de l’instauration d’une Journée Nationale de Lutte Contre les Violences Conjugales. Une initiative saluée, mais qui attend encore l’aval du Conseil des ministres : « Nous avons plaidé pour une journée symbolique, qui permettra chaque année de concentrer l’attention des pouvoirs publics et des citoyens sur ce fléau silencieux. Le Premier Ministre nous a assurés que la question serait débattue en Conseil des ministres », a précisé Mme KETTE.

Si les données statistiques manquent cruellement en Centrafrique, les témoignages, eux, abondent. Les violences psychologiques, économiques, physiques et sexuelles dans le cadre du couple sont monnaie courante. Dans les campagnes comme dans les villes, des milliers de femmes vivent chaque jour dans la peur, dans le silence, dans l’isolement. Certaines finissent mutilées, d’autres y laissent la vie : « Les violences conjugales ne sont pas un problème privé, c’est une question de santé publique, de dignité humaine, de droits fondamentaux », déclare Élodie Ndemade, conseillère à la FAFECA (Fédération des Associations des Femmes Entrepreneures de Centrafrique).

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La Marche, bien qu’initiée par des organisations féminines, n’est pas réservée aux femmes. Le comité d’organisation appelle toute la population à se mobiliser : hommes, jeunes, autorités traditionnelles, religieux, enseignants, artistes, journalistes… La lutte contre les violences conjugales concerne tous les citoyens : « Ce combat est celui de toute la société. Il n’y a pas de développement durable, de paix sociale, ni d’harmonie familiale dans un pays où les femmes sont battues, humiliées ou tuées par leurs partenaires », insiste Mme KETTE.

Des messages ont déjà commencé à circuler sur les réseaux sociaux. Des personnalités publiques ont annoncé leur soutien. Le report de la Marche, bien que frustrant pour certains, pourrait paradoxalement renforcer la mobilisation. Ce temps additionnel permettra d’élargir la communication, d’affiner la logistique, de garantir la sécurité des participants, mais aussi d’attirer davantage de soutiens politiques et médiatiques.

Mais surtout, cette mobilisation pose la question cruciale de l’après-Marche. Que restera-t-il, le 2 juillet, quand les banderoles seront rangées et que les rues redeviendront silencieuses ? C’est là que le véritable défi commencera : inscrire la lutte contre les violences conjugales dans la durée, dans les politiques publiques, dans l’éducation, dans la justice.

Stacy Sanwele

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