Centrafrique : Comment redorer l’image de la République ?

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L’image d’un pays n’est jamais figée. Elle évolue au gré des soubresauts de l’histoire, des actes de ses dirigeants, de la résilience de son peuple et de la perception que les autres nations s’en forgent. La République centrafricaine, riche d’un patrimoine humain et naturel exceptionnel, est aujourd’hui confrontée à un défi de taille : redorer une image écornée par des décennies de conflits armés, d’instabilité politique, de pauvreté extrême et de mauvaise gouvernance. Pourtant, l’espoir demeure, et les leviers d’un renouveau crédible sont à portée de main.

Depuis son indépendance en 1960, la Centrafrique n’a jamais connu de stabilité durable. Coup d’État, rébellions, interventions étrangères, tensions communautaires : la liste est longue et douloureuse. Ce contexte a relégué le pays au rang d’« État fragile », souvent perçu à travers le prisme du chaos, de l’assistance humanitaire et de la dépendance à l’aide internationale. Pourtant, cette image n’est qu’une facette d’une réalité plus nuancée.

Les Centrafricains, dans leur immense majorité, aspirent à la paix, au progrès et à la dignité. Mais pour espérer transformer leur quotidien, il est indispensable de reconstruire le contrat social entre l’État et ses citoyens, tout en travaillant, avec rigueur et cohérence, à la refondation de la perception extérieure de la République.

Aucune stratégie d’image ne peut prospérer dans un climat d’insécurité permanente. La première urgence demeure la pacification complète du territoire. Si des progrès ont été réalisés avec le déploiement des FACA et l’appui de partenaires internationaux, de vastes zones échappent encore à l’autorité de l’État.

La sécurité doit être restaurée dans un cadre républicain, respectueux des droits humains. Cela passe par une réforme profonde des forces de sécurité : recrutement fondé sur la compétence, formation continue, professionnalisation et lutte contre les exactions. Le retour de l’autorité de l’État ne doit pas être militaire uniquement, mais aussi administratif, judiciaire et social.

La Centrafrique ne peut regagner la confiance ni de ses citoyens ni de ses partenaires si elle ne mène pas une guerre sans merci contre l’impunité. Une justice indépendante, dotée de moyens suffisants et capable de juger aussi bien les crimes de guerre que la corruption d’élite, est essentielle.

Les institutions doivent cesser d’être des coquilles vides ou des instruments de pouvoir personnel. La bonne gouvernance, la transparence dans la gestion des finances publiques, l’organisation d’élections crédibles et l’égal accès aux services de base ne sont pas des luxes : ce sont les piliers de la crédibilité d’un État moderne.

Le rôle central du développement humain

Un pays respecté est d’abord un pays qui respecte ses citoyens. Investir massivement dans l’éducation, la santé, et les infrastructures est un impératif stratégique. Les écoles doivent redevenir des lieux d’espoir, les hôpitaux des refuges de soins dignes, les routes et réseaux électriques des vecteurs de développement.

Dans un pays où plus de 70 % de la population a moins de 25 ans, la jeunesse représente une opportunité historique. Encore faut-il lui offrir des perspectives concrètes : formations professionnelles, soutien à l’entrepreneuriat, agriculture moderne, emploi dans le secteur public et privé.

Une image à réécrire

L’image de la Centrafrique souffre aussi d’un déficit de narration. Trop souvent, les voix qui parlent du pays ne sont ni centrafricaines ni ancrées dans sa réalité. Il est temps que la République centrafricaine se réapproprie son récit.

Cela suppose une stratégie de communication publique ambitieuse, appuyée par des outils modernes : sites officiels actualisés, présence active sur les réseaux sociaux, campagnes de valorisation du patrimoine culturel, audiovisuel national digne de ce nom. Le pays regorge de talents artistiques, de créateurs, de penseurs. Il faut leur donner une tribune.

Il s’agit aussi d’encourager les médias nationaux à promouvoir des récits de réussite, des portraits de citoyens engagés, des exemples d’initiatives locales qui changent des vies. L’image d’un pays se construit aussi à travers ses symboles positifs.

La politique étrangère centrafricaine doit viser un double objectif : affirmer la souveraineté nationale tout en diversifiant intelligemment ses partenariats. Il ne s’agit plus de subir des influences, mais de bâtir des alliances stratégiques fondées sur les intérêts mutuels.

La participation active aux institutions régionales et internationales, la diplomatie économique, les échanges culturels et scientifiques, le tourisme durable sont autant de vecteurs d’influence et de rayonnement. À condition que l’État parle d’une seule voix et sache défendre ses priorités sans ambiguïté.

Les Centrafricains de l’extérieur sont souvent des acteurs de l’ombre, peu écoutés mais riches en ressources, en compétences et en réseaux. Il est temps de leur ouvrir les portes. Qu’il s’agisse d’investissement, de transfert de savoir-faire ou de plaidoyer international, la diaspora peut jouer un rôle majeur dans la refondation de l’image nationale.

Créer des mécanismes institutionnels pour les impliquer (conseils consultatifs, incitations fiscales, plateformes de co-développement) est une nécessité.

Redorer l’image de la République centrafricaine n’est pas une opération cosmétique. C’est un chantier de transformation en profondeur qui requiert courage politique, vision stratégique et engagement citoyen. C’est une tâche ardue, mais non impossible. Les nations ne sont pas figées par leur passé : elles se redéfinissent dans l’effort, l’unité et la volonté collective.

La Rédaction

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