
L’ancien président nigérian Muhammadu Buhari s’est éteint ce samedi 13 juillet 2025 à Londres, à l’âge de 82 ans, des suites d’une longue maladie. La présidence de la République fédérale du Nigeria a confirmé la nouvelle dans un communiqué officiel, saluant la mémoire d’un homme « qui aura marqué à deux reprises l’histoire contemporaine du Nigeria ».
Chef d’État militaire dans les années 1980, puis président élu trois décennies plus tard, Muhammadu Buhari laisse derrière lui un héritage politique à la fois emblématique et controversé, façonné par la rigueur, la lutte contre la corruption, et les turbulences d’un pays en quête de stabilité.
De Daura à la tête de l’État : l’ascension d’un militaire discipliné
Né le 17 décembre 1942 à Daura, dans l’actuel État de Katsina (nord du Nigeria), Muhammadu Buhari intègre très jeune l’armée nigériane. Formé dans plusieurs académies militaires à l’étranger, notamment au Royaume-Uni, il gravit rapidement les échelons grâce à sa discipline et sa rigueur.
Le 31 décembre 1983, dans un contexte de crise économique et d’instabilité politique, Buhari prend le pouvoir à la suite d’un coup d’État militaire, renversant le président civil Shehu Shagari. Il devient alors chef de l’État militaire et s’illustre par une gouvernance autoritaire marquée par une campagne contre l’indiscipline sociale, la corruption et la gabegie administrative.
Sa politique de rigueur séduit certains Nigérians, lassés par les dérives du régime précédent, mais suscite également la crainte. L’emprisonnement arbitraire de journalistes et d’opposants, ainsi que les restrictions aux libertés civiles, finissent par entacher son image. Il est renversé à son tour en août 1985 par un autre général, Ibrahim Babangida.
Un retour inattendu par les urnes : l’opposant devenu président
Après sa retraite de l’armée, Buhari s’éloigne temporairement de la vie publique, avant de revenir dans l’arène politique dans les années 2000. Candidat malheureux à trois reprises à l’élection présidentielle (2003, 2007, 2011), il incarne une figure d’opposition tenace et incorruptible aux yeux de ses partisans.
En 2015, porté par une large coalition de partis réunis sous la bannière de l’All Progressives Congress (APC), Muhammadu Buhari remporte l’élection présidentielle face au sortant Goodluck Jonathan. Il devient ainsi le premier opposant à battre démocratiquement un président en exercice dans l’histoire du Nigeria.
Son accession à la présidence est accueillie avec espoir, notamment par une jeunesse avide de changement et de justice. Le président Buhari engage dès 2015 un vaste programme de lutte contre la corruption, notamment dans le secteur pétrolier, longtemps gangrené par les détournements de fonds. Plusieurs hauts fonctionnaires et anciens ministres sont poursuivis, et des milliards de nairas sont récupérés par le gouvernement.
Il tente également de restructurer l’armée et de renforcer les institutions judiciaires. Sur le plan sécuritaire, son gouvernement remporte certains succès contre le groupe terroriste Boko Haram, qui ravageait le nord-est du pays depuis 2009. Toutefois, ces victoires demeurent incomplètes, et la montée de nouveaux foyers de violence groupes criminels, conflits communautaires, enlèvements de masse assombrit son bilan.
Un second mandat marqué par les turbulences
Réélu en 2019, Buhari entame un second mandat confronté à des défis économiques majeurs : baisse des revenus pétroliers, inflation galopante, taux de chômage record, et crise monétaire. La pandémie de COVID-19 aggrave davantage la situation socio-économique du pays.
Son style de gouvernance souvent perçu comme distant, lent à réagir, et centralisé lui vaut de nombreuses critiques, tout comme les atteintes aux droits humains reprochées à son administration. Plusieurs ONG dénoncent un recours excessif à la force lors de manifestations pacifiques, comme celles du mouvement #EndSARS contre les violences policières en 2020.
Lorsque Muhammadu Buhari quitte le pouvoir en 2023, il laisse derrière lui un Nigeria profondément transformé, mais toujours en proie à ses vieux démons : insécurité, pauvreté, corruption, et divisions ethno-religieuses. Ses partisans saluent sa probité personnelle, son engagement à assainir la vie publique, et sa résilience politique. Ses détracteurs lui reprochent son immobilisme, son autoritarisme, et une gouvernance déconnectée des réalités sociales.
Hommages et réactions
Depuis l’annonce de son décès, les hommages affluent tant au Nigeria qu’à l’étranger. Le président en exercice a salué « un patriote intransigeant et une figure historique du Nigeria ». Des chefs d’État africains ont souligné son rôle dans la consolidation des institutions démocratiques sur le continent.
Muhammadu Buhari s’éteint à l’étranger, comme de nombreux anciens dirigeants africains. Mais son empreinte, elle, reste bien ancrée dans le sol nigérian.
La Rédaction
