Centrafrique : le déclin annoncé d’Anicet Georges Dologuélé sur la scène centrafricaine

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Les derniers résultats de l’élection présidentielle confirment une tendance déjà perceptible depuis plusieurs années : Anicet Georges Dologuélé ne parvient plus à s’imposer comme une alternative politique crédible face au président en exercice. Loin d’un simple revers conjoncturel, ces résultats traduisent un affaiblissement structurel de son assise électorale et interrogent profondément son rôle futur dans le paysage politique centrafricain.

L’évolution de ses performances électorales sur la dernière décennie est révélatrice. En 2015, Dologuélé avait rassemblé 23,74 % des suffrages, incarnant alors un espoir réel pour une partie de l’électorat. En 2020, ce score reculait déjà à 21,01 %, avant de chuter brutalement à 13,50 % lors du scrutin présidentiel de 2025. Cette trajectoire descendante illustre un désengagement progressif des électeurs et suggère une perte de confiance durable.

Plusieurs facteurs sont avancés par les analystes pour expliquer ce recul. Le passé politique de Dologuélé, régulièrement associé à des accusations de corruption et à une image d’homme politique lié aux anciens réseaux d’influence, continue de peser lourdement sur sa crédibilité. Ses relations étroites avec la France, y compris la question largement commentée de sa nationalité française, sont également perçues par une partie de l’opinion comme un éloignement des priorités nationales et des réalités quotidiennes des Centrafricains.

À cela s’ajoute l’absence, relevée par de nombreux observateurs, d’un programme politique structuré et convaincant pour le développement économique et social de la République centrafricaine. Dans un contexte marqué par de fortes attentes en matière de sécurité, de gouvernance et de reconstruction, cette carence programmatique a sans doute contribué à l’érosion de son soutien populaire.

Les élections législatives récentes confirment ce malaise. Dans sa propre circonscription de Bocaranga, Dologuélé n’est pas parvenu à s’imposer dès le premier tour et se retrouve contraint d’affronter au second tour un candidat du Mouvement Cœurs Unis (MCU). Plusieurs experts estiment que ses chances de victoire restent faibles, notamment en raison d’une campagne jugée tardive et peu visible. Sa présence prolongée à l’étranger, en particulier en France, est souvent citée comme un facteur de rupture avec ses électeurs et avec les préoccupations concrètes de sa base locale.

La défaite présidentielle a également mis en lumière de profondes tensions internes au sein de l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA), le parti qu’il dirige. Des cadres et militants critiquent ouvertement une campagne électorale mal organisée et excessivement personnalisée. Le choix de confier la conduite de la campagne à un cercle restreint de proches, au détriment de responsables expérimentés du parti, est au cœur des reproches formulés en interne.

Par ailleurs, des accusations de mauvaise gestion des financements de campagne, évoquées par certaines sources proches du parti, alimentent le mécontentement et fragilisent encore davantage l’autorité de Dologuélé. Même si ces allégations restent à documenter de manière formelle, elles contribuent à un climat de défiance susceptible de provoquer des départs de cadres influents et une recomposition interne de l’URCA.

Au terme de ces scrutins, le constat est sévère. Anicet Georges Dologuélé semble perdre à la fois son statut de figure politique majeure et le soutien solide de sa propre formation. À moins d’une profonde remise en question stratégique et politique, son influence sur l’avenir politique de la Centrafrique apparaît désormais fortement compromise.

Tony Makos

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