Centrafrique : Les ambiguïtés stratégiques de Dologuélé et le spectre d’une instabilité politique récurrente

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À l’approche des élections générales, la scène politique centrafricaine est marquée par des prises de position controversées au sein de l’opposition. La stratégie adoptée par Anicet-Georges Dologuélé, ancien Premier ministre et candidat déclaré à la présidentielle, suscite de vives interrogations, tant chez les observateurs que dans les rangs du pouvoir. Ces interrogations ont été publiquement relayées et amplifiées par Pius Ndjawe, ministre conseiller en Communication du Président de la République, lors d’une conférence de presse tenue ce mardi 16 décembre à Bangui.

Une candidature déposée, un processus contesté

Le fait politique est désormais connu : Anicet-Georges Dologuélé a déposé sa candidature, tout en exigeant parallèlement le report des élections. Une posture que Pius Ndjawe a qualifiée d’incompréhensible pour la majorité des Centrafricains, soulignant le paradoxe d’un acteur politique qui sollicite le suffrage populaire tout en remettant en cause, par avance, le cadre même de ce suffrage.

« On ne peut pas prétendre vouloir diriger un pays tout en fragilisant le mécanisme démocratique qui permet au peuple de choisir librement ses dirigeants », s’est interrogé le ministre conseiller, évoquant une stratégie qui entretient volontairement le doute et la confusion.

Une absence prolongée sur le terrain politique

Autre élément relevé avec insistance : l’absence remarquée de Dologuélé sur le terrain de la campagne électorale. Alors que la période électorale est traditionnellement marquée par des déplacements, des meetings et des échanges directs avec les populations, le candidat de l’URCA se fait discret, privilégiant les sorties médiatiques et les déclarations institutionnelles.

Pour Pius Ndjawe, cette posture pose une question de fond : comment prétendre incarner une alternative crédible sans aller à la rencontre du peuple ?
Cette absence alimente l’idée d’une candidature davantage symbolique que réellement engagée dans une compétition démocratique ouverte.

Le report des élections : revendication légitime ou calcul politique ?

Officiellement, la demande de report est justifiée par des préoccupations liées à la sécurité, à la transparence et à l’organisation du scrutin. Toutefois, le ministre conseiller en Communication a mis en garde contre ce qu’il considère comme une instrumentalisation politique du discours démocratique.

Selon lui, la remise en cause répétée du calendrier électoral, à un stade avancé du processus, ressemble davantage à une stratégie d’obstruction qu’à une démarche constructive. Une stratégie qui, rappelle-t-il, fait dangereusement écho aux discours ayant précédé la crise post-électorale de 2020.

Alliances politiques et zones d’ombre persistantes

Les interrogations s’accentuent avec les rapprochements politiques opérés entre l’URCA, le PUN et certaines figures comme Davy Yama, ancien député du PUN et cadre de l’Autorité Nationale des Élections. Pour Pius Ndjawe, ces alliances tardives et peu lisibles renforcent le sentiment d’une opposition plus préoccupée par la contestation du processus que par la présentation d’un projet politique cohérent.

Sans formuler d’accusations directes, le ministre conseiller a appelé à la vigilance, rappelant que l’histoire récente de la République centrafricaine impose une responsabilité particulière à ceux qui aspirent à gouverner.

Le risque d’un scénario déjà vécu

La République centrafricaine sort à peine des conséquences humaines, économiques et sécuritaires de la crise de 2020. Dans ce contexte, les discours ambigus, les contestations préventives et les appels insistants au report des élections apparaissent, aux yeux du pouvoir, comme des facteurs potentiels de déstabilisation.

Pius Ndjawe s’est ainsi interrogé publiquement : ces agissements relèvent-ils d’une simple stratégie politique ou d’une volonté assumée de créer les conditions d’une nouvelle crise ? Une question lourde de sens, qui résonne fortement dans l’opinion.

À l’analyse, la démarche politique d’Anicet-Georges Dologuélé semble marquée par de profondes contradictions : candidature conditionnelle, absence sur le terrain, remise en cause du processus électoral et alliances controversées. Autant d’éléments qui, selon le ministre conseiller en Communication du Président Touadéra, contribuent à fragiliser inutilement le climat politique national.

Dans un pays en quête de stabilité et de reconstruction, la classe politique est aujourd’hui face à une responsabilité historique. Comme l’a rappelé Pius Ndjawe, la République centrafricaine ne peut plus se permettre des stratégies ambiguës aux conséquences imprévisibles. Le temps est à la clarté, à la cohérence et au respect de la volonté souveraine du peuple.

Bélisaire Dorval Sahoul

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