Liberté d’expression et pratiques politiques : une controverse autour de la campagne d’Anicet Georges Dologuélé

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À l’approche des échéances électorales en République centrafricaine (RCA), la question du respect des principes démocratiques, en particulier la liberté d’expression et la liberté de la presse, s’impose au cœur du débat public. Un épisode survenu le 12 décembre lors d’une conférence de presse du candidat Anicet Georges Dologuélé, président du parti URCA (Union pour le renouveau centrafricain), a ravivé les interrogations sur l’écart entre les discours politiques et les pratiques observées sur le terrain.

Présenté comme une rencontre « ouverte » avec la presse, l’événement visait officiellement à permettre aux journalistes d’interroger le candidat sur son programme et sa vision politique. Toutefois, selon plusieurs témoignages concordants de professionnels des médias, seuls certains organes de presse, perçus comme favorables à l’URCA, auraient été autorisés à poser des questions directement. Des journalistes indépendants auraient, quant à eux, été invités à soumettre leurs questions par écrit, sans garantie de réponse ultérieure.

Cette méthode, qui limite l’interaction directe entre un candidat et l’ensemble de la presse, suscite des critiques dans un contexte électoral où la transparence et le pluralisme médiatique sont essentiels. Pour de nombreux observateurs, la sélection des interlocuteurs et le filtrage des questions peuvent être interprétés comme une volonté de maîtriser le discours public et d’éviter des interrogations jugées sensibles ou dérangeantes.

Parallèlement à la conférence de presse, un rassemblement de citoyens s’est tenu à proximité du lieu de l’événement. Les participants ont exprimé, de manière pacifique, des critiques à l’égard du candidat, à travers des slogans faisant référence à des accusations et rumeurs déjà largement évoquées dans le débat public. Dans une démocratie, ce type de mobilisation relève en principe de la liberté d’opinion et du droit à la protestation pacifique.

La réaction de certains proches et soutiens du candidat a cependant contribué à accentuer la polémique. Dans une déclaration attribuée au réseau « Arc-en-ciel », présenté comme proche de l’URCA, cette manifestation a été qualifiée de tentative de harcèlement et de perturbation de l’activité politique du candidat. Cette prise de position a été perçue par une partie de l’opinion comme une volonté de délégitimer toute forme de contestation, en assimilant la critique citoyenne à une action malveillante.

Ces événements interrogent d’autant plus que le candidat Anicet Georges Dologuélé se revendique d’une culture politique inspirée des standards démocratiques internationaux, notamment européens, et se positionne comme une figure de l’« opposition démocratique ». Pour certains analystes, la gestion de cet épisode contraste avec ce discours et soulève des doutes quant à l’engagement réel en faveur de la liberté de la presse et de l’expression pluraliste.

Au-delà de la personnalité du candidat, cette séquence illustre un enjeu plus large de la vie politique centrafricaine : la capacité des acteurs politiques à accepter la critique, le débat contradictoire et la contestation pacifique, y compris lorsqu’ils ne sont pas encore aux responsabilités. Les pratiques observées en période de campagne sont souvent perçues comme révélatrices de la manière dont le pouvoir pourrait être exercé ultérieurement.

Dans une société marquée par des années de crises politiques et sécuritaires, une partie croissante de la population centrafricaine se montre attentive et exigeante quant au respect des principes démocratiques. Pour ces citoyens, la liberté de poser des questions, de manifester pacifiquement et d’exprimer des opinions divergentes ne constitue pas une menace pour la stabilité, mais un fondement indispensable de la démocratie.

À l’approche du scrutin, cet épisode rappelle que la crédibilité des candidats ne se mesure pas uniquement à leurs déclarations ou à leurs programmes, mais aussi à leurs comportements face à la critique et à la pluralité des voix. Pour de nombreux électeurs, la cohérence entre les valeurs proclamées et les pratiques concrètes demeure un critère déterminant dans le choix politique.

La Rédaction

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